Mathématiques — Terminale spécialité

Combinatoire & Dénombrement

Cardinal · principes de comptage · arrangements · permutations · combinaisons

Un peu d'histoire

Le triangle qui porte le nom de Blaise Pascal (1623–1662) était en réalité déjà connu bien avant lui : on le trouve chez les mathématiciens persans, indiens, et chez le Chinois Zhu Shijie dès le XIVe siècle. Pascal en fit une étude systématique dans son Traité du triangle arithmétique, motivé par les problèmes de jeux de hasard et de paris — à l'origine, avec Fermat, du calcul des probabilités.

Objectifs du chapitre

  • Déterminer le cardinal d'un ensemble fini à l'aide des principes additif et multiplicatif.
  • Reconnaître une situation de p-uplet, d'arrangement, de permutation ou de combinaison.
  • Distinguer les cas selon que l'ordre compte ou non, avec ou sans répétition.
  • Calculer et manipuler les coefficients binomiaux (np)\binom{n}{p}.
  • Connaître la symétrie, la relation de Pascal et le triangle de Pascal.
  • Démontrer que le nombre de parties d'un ensemble à nn éléments est 2n2^n.

1 Dénombrer un ensemble fini

Définition — Cardinal

Un ensemble EE est fini s'il possède un nombre fini d'éléments. Ce nombre est le cardinal de EE, noté Card(E)\operatorname{Card}(E) ou E|E|. Par convention, Card()=0\operatorname{Card}(\varnothing) = 0. Dénombrer, c'est déterminer le cardinal d'un ensemble.

1.1 Le principe additif

Définition — Ensembles disjoints

Deux ensembles sont disjoints lorsqu'ils n'ont aucun élément commun : AB=A \cap B = \varnothing.

Propriété — Principe additif

Si E1,E2,,EnE_1, E_2, \dots, E_n sont des ensembles finis deux à deux disjoints, alors :

Card(E1E2En)=Card(E1)+Card(E2)++Card(En).\operatorname{Card}(E_1 \cup E_2 \cup \dots \cup E_n) = \operatorname{Card}(E_1) + \operatorname{Card}(E_2) + \dots + \operatorname{Card}(E_n).
Propriété — Complémentaire et formule du crible

Si AA est une partie de EE, son complémentaire A\overline{A} vérifie :

Card(A)=Card(E)Card(A).\operatorname{Card}(\overline{A}) = \operatorname{Card}(E) - \operatorname{Card}(A).

Pour deux ensembles quelconques (pas forcément disjoints) :

Card(AB)=Card(A)+Card(B)Card(AB).\operatorname{Card}(A \cup B) = \operatorname{Card}(A) + \operatorname{Card}(B) - \operatorname{Card}(A \cap B).

Pour trois ensembles :

Card(ABC)=Card(A)+Card(B)+Card(C)Card(AB)Card(AC)Card(BC)+Card(ABC).\operatorname{Card}(A \cup B \cup C) = \operatorname{Card}(A)+\operatorname{Card}(B)+\operatorname{Card}(C) - \operatorname{Card}(A\cap B) - \operatorname{Card}(A\cap C) - \operatorname{Card}(B\cap C) + \operatorname{Card}(A\cap B\cap C).
Exemple — Dénombrer avec un diagramme

Dans une classe, 1616 élèves font du latin (LL), 1414 du théâtre (TT), 55 font les deux et 88 n'en font aucun.

Élèves faisant seulement latin : 165=1116 - 5 = 11 ; seulement théâtre : 145=914 - 5 = 9 ; les deux : 55 ; aucun : 88.

Effectif=11+5+9+8=33 eˊleˋves.\text{Effectif} = 11 + 5 + 9 + 8 = 33 \text{ élèves.}

On retrouve Card(LT)=16+145=25\operatorname{Card}(L \cup T) = 16 + 14 - 5 = 25, puis 25+8=3325 + 8 = 33.

2 Produit cartésien & principe multiplicatif

2.1 Produit cartésien et p-uplets

Définition — Produit cartésien, p-uplets

Soit E1,E2,,EpE_1, E_2, \dots, E_p des ensembles finis.

  • E1×E2E_1 \times E_2 est l'ensemble des couples (a1,a2)(a_1, a_2) avec a1E1a_1 \in E_1 et a2E2a_2 \in E_2.
  • E1×E2×E3E_1 \times E_2 \times E_3 est l'ensemble des triplets (a1,a2,a3)(a_1, a_2, a_3).
  • Plus généralement, E1××EpE_1 \times \dots \times E_p est l'ensemble des p-uplets (a1,,ap)(a_1, \dots, a_p).

Lorsqu'on multiplie un ensemble EE par lui-même pp fois, on note Ep=E×E××EE^p = E \times E \times \dots \times E.

Propriété — Principe multiplicatif

Pour des ensembles finis E1,,EpE_1, \dots, E_p :

Card(E1×E2××Ep)=Card(E1)×Card(E2)××Card(Ep).\operatorname{Card}(E_1 \times E_2 \times \dots \times E_p) = \operatorname{Card}(E_1) \times \operatorname{Card}(E_2) \times \dots \times \operatorname{Card}(E_p).

En particulier, si EE possède nn éléments :

  Card(Ep)=np  \boxed{\;\operatorname{Card}(E^p) = n^p\;}
Exemple — Un menu de restaurant

Une carte propose 33 entrées, 44 plats et 22 desserts. Le nombre de menus (entrée + plat + dessert) est :

3×4×2=24 menus.3 \times 4 \times 2 = 24 \text{ menus.}

Si le dessert est imposé, il n'en reste que 3×4=123 \times 4 = 12.

Exemple — Un p-uplet (avec répétition, ordre compte)

Un digicode est formé de 22 lettres puis 1010 chiffres. Il y a 2626 lettres et 1010 chiffres, chacun pouvant se répéter :

262×1010=676×10106,76×1012 possibiliteˊs.26^2 \times 10^{10} = 676 \times 10^{10} \approx 6{,}76 \times 10^{12} \text{ possibilités.}

2.2 Nombre de parties d'un ensemble

Propriété — Nombre de sous-ensembles

Le nombre de parties (sous-ensembles) d'un ensemble EE à nn éléments est :

  2n  \boxed{\;2^n\;}
Démonstration (exigible)

Pour construire une partie de EE, on parcourt les nn éléments un par un : pour chacun, deux choix — le prendre ou ne pas le prendre. On effectue donc nn choix binaires indépendants. Par le principe multiplicatif :

2×2××2n facteurs=2n.\underbrace{2 \times 2 \times \dots \times 2}_{n \text{ facteurs}} = 2^n.
Exemple

Pour E={1,2,3}E = \{1, 2, 3\}, les parties sont , {1}, {2}, {3}, {1,2}, {1,3}, {2,3}, {1,2,3}\varnothing,\ \{1\},\ \{2\},\ \{3\},\ \{1,2\},\ \{1,3\},\ \{2,3\},\ \{1,2,3\} : il y en a bien 23=82^3 = 8.

3 Arrangements et permutations

3.1 La factorielle

Définition — Factorielle

Pour nNn \in \mathbb{N}^*, la factorielle de nn est le produit de tous les entiers de 11 à nn :

n!=1×2×3××n,avec par convention 0!=1.n! = 1 \times 2 \times 3 \times \dots \times n, \qquad \text{avec par convention } 0! = 1.

Par exemple 5!=1205! = 120 et 10!=362880010! = 3\,628\,800.

3.2 Arrangements

Définition — Arrangement

Soit EE un ensemble à nn éléments et pnp \leqslant n. Un arrangement de pp éléments de EE est un p-uplet d'éléments distincts de EE : l'ordre compte et il n'y a pas de répétition.

Propriété — Nombre d'arrangements

Le nombre d'arrangements de pp éléments parmi nn, noté AnpA_n^p, vaut :

Anp=n×(n1)×(n2)××(np+1)=n!(np)!.A_n^p = n \times (n-1) \times (n-2) \times \dots \times (n-p+1) = \frac{n!}{(n-p)!}.

Intuition : nn choix pour la 1re place, n1n-1 pour la 2e (un élément déjà pris), etc., jusqu'à np+1n-p+1 pour la pp-ième.

Exemple — Un podium

Combien de podiums (or, argent, bronze) avec 1212 athlètes ? L'ordre compte, sans répétition :

A123=12!9!=12×11×10=1320.A_{12}^{3} = \frac{12!}{9!} = 12 \times 11 \times 10 = 1\,320.

3.3 Permutations

Définition — Permutation

Une permutation de EEnn éléments) est un arrangement des nn éléments : une façon d'ordonner tous les éléments de EE.

Propriété — Nombre de permutations
Nombre de permutations de E=Ann=n!.\text{Nombre de permutations de } E = A_n^n = n!.
Exemple

33 personnes sur un banc à 33 places : 3!=63! = 6 dispositions possibles. 1212 scientifiques sur un rang : 12!=47900160012! = 479\,001\,600 façons.

4 Combinaisons et triangle de Pascal

4.1 Combinaisons et coefficients binomiaux

Définition — Combinaison

Soit EE un ensemble à nn éléments et pnp \leqslant n. Une combinaison de pp éléments de EE est un sous-ensemble à pp éléments : l'ordre ne compte pas et il n'y a pas de répétition. Ainsi {1,2}\{1,2\} et {2,1}\{2,1\} sont la même combinaison.

Propriété — Coefficient binomial

Le nombre de combinaisons de pp éléments parmi nn se note (np)\binom{n}{p}pp parmi nn ») et vaut :

(np)=Anpp!=n!p!(np)!.\binom{n}{p} = \frac{A_n^p}{p!} = \frac{n!}{p!\,(n-p)!}.

On divise le nombre d'arrangements par p!p! car chaque sous-ensemble de pp éléments donne p!p! arrangements (ses ordres possibles).

Cas particuliers
(n0)=1,(nn)=1,(n1)=n,(nn1)=n.\binom{n}{0} = 1, \qquad \binom{n}{n} = 1, \qquad \binom{n}{1} = n, \qquad \binom{n}{n-1} = n.
Exemple — Une élection de délégués

Dans une classe de 3434 élèves, on élit 44 délégués (sans distinction de rôle). L'ordre ne compte pas :

(344)=34!4!30!=31×32×33×341×2×3×4=46376.\binom{34}{4} = \frac{34!}{4!\,30!} = \frac{31 \times 32 \times 33 \times 34}{1 \times 2 \times 3 \times 4} = 46\,376.

4.2 Quel outil choisir ?

Trois questions suffisent : l'ordre compte-t-il ? Les répétitions sont-elles permises ?

Avec répétition Sans répétition
L'ordre compte p-uplets
npn^p
Arrangements
Anp=n!(np)!A_n^p = \dfrac{n!}{(n-p)!}
L'ordre ne compte pas (hors programme) Combinaisons
(np)=n!p!(np)!\dbinom{n}{p} = \dfrac{n!}{p!\,(n-p)!}

4.3 Symétrie et relation de Pascal

Propriété — Symétrie

Pour tout pp tel que 0pn0 \leqslant p \leqslant n :

(nnp)=(np).\binom{n}{n-p} = \binom{n}{p}.

Choisir les pp éléments présents ou les npn-p éléments absents revient au même.

Propriété — Relation de Pascal

Pour 0p<n0 \leqslant p \lt n :

(np)+(np+1)=(n+1p+1).\binom{n}{p} + \binom{n}{p+1} = \binom{n+1}{p+1}.
Démonstration par le calcul (exigible)
(np)+(np+1)=n!p!(np)!+n!(p+1)!(np1)!.\binom{n}{p} + \binom{n}{p+1} = \frac{n!}{p!\,(n-p)!} + \frac{n!}{(p+1)!\,(n-p-1)!}.

On met au même dénominateur en factorisant n!p!(np1)!\dfrac{n!}{p!\,(n-p-1)!} :

=n!p!(np1)!(1np+1p+1)=n!p!(np1)!(p+1)+(np)(np)(p+1).= \frac{n!}{p!\,(n-p-1)!}\left(\frac{1}{n-p} + \frac{1}{p+1}\right) = \frac{n!}{p!\,(n-p-1)!}\cdot\frac{(p+1)+(n-p)}{(n-p)(p+1)}.

Or (p+1)+(np)=n+1(p+1) + (n-p) = n+1, donc :

=n!(n+1)p!(p+1)(np1)!(np)=(n+1)!(p+1)!(np)!=(n+1p+1).= \frac{n!\,(n+1)}{p!\,(p+1)\,(n-p-1)!\,(n-p)} = \frac{(n+1)!}{(p+1)!\,(n-p)!} = \binom{n+1}{p+1}.
Exemple — Calcul par la relation de Pascal
(42)=(31)+(32)=3+3=6,(2524)=(251)=25.\binom{4}{2} = \binom{3}{1} + \binom{3}{2} = 3 + 3 = 6, \qquad \binom{25}{24} = \binom{25}{1} = 25.

4.4 Le triangle de Pascal

Chaque coefficient s'obtient en additionnant les deux qui sont juste au-dessus de lui (relation de Pascal).

ppnn0123456
01
111
2121
31331
414641
515101051
61615201561

Lecture : (41)+(42)=4+6=10=(52)\binom{4}{1} + \binom{4}{2} = 4 + 6 = 10 = \binom{5}{2} (relation de Pascal).

4.5 Somme des coefficients : retour aux parties

Propriété — Somme d'une ligne du triangle
p=0n(np)=(n0)+(n1)++(nn)=2n.\sum_{p=0}^{n} \binom{n}{p} = \binom{n}{0} + \binom{n}{1} + \dots + \binom{n}{n} = 2^n.

Chaque partie de EE a un nombre d'éléments compris entre 00 et nn : la somme des (np)\binom{n}{p} compte toutes les parties, soit 2n2^n.

À retenir

Comptage de base

  • Additif (disjoints) : on somme les cardinaux.
  • Crible : Card(AB)=CardA+CardBCard(AB)\operatorname{Card}(A\cup B)=\operatorname{Card}A+\operatorname{Card}B-\operatorname{Card}(A\cap B).
  • Multiplicatif : Card(Ep)=np\operatorname{Card}(E^p)=n^p ; parties =2n=2^n.

Les trois modèles

  • p-uplets (ordre + répétition) : npn^p.
  • Arrangements (ordre, sans rép.) : n!(np)!\frac{n!}{(n-p)!}.
  • Combinaisons (sans ordre) : (np)\binom{n}{p}.

Binomiaux

  • Symétrie : (nnp)=(np)\binom{n}{n-p}=\binom{n}{p}.
  • Pascal : (np)+(np+1)=(n+1p+1)\binom{n}{p}+\binom{n}{p+1}=\binom{n+1}{p+1}.
  • Somme d'une ligne : p(np)=2n\sum_p \binom{n}{p}=2^n.